Séminaires avec la Professeure Benedikte Zitouni

Dans le cadre du Doctoral Visiting Professors, le CLERSE reçoit la visite du Professeure Benedikte Zitouni, sociologue à l'Université de Saint Louis (Bruxelles) et directrice du CESIR

Enquêter en temps d’adversité

Plusieurs chercheur·e·s, toutes disciplines confondues, travaillent sur un terrain où la destruction écologique, sociale et affective, est en cours ; ou sinon, ils·elles traitent de thèmes qui touchent de près ou de loin au thème de la disparition de mondes. À plus d’un titre, il s’agit là de terrains minés. La série de séances ici proposée vise tout particulièrement ces chercheur·e·s-là, sans toutefois s’y limiter. Elle est ouverte à tou·te·s et vise simplement, concrètement, à ce que les doctorant·e·s participant·e·s puissent s’échanger des prises pour mieux naviguer de tels terrains et thèmes compliqués. Cela sera fait à partir de vignettes que Benedikte Zitouni mettra sur la table pour chacune des séances (propositions interprétatives, cas d’archive et passages textuels).

Ainsi, les trois séances sont indépendantes : nul besoin d’assister à toutes (bien qu’un engagement à plusieurs soit apprécié !). Elles ont été conçues sur le mode de l’atelier (même si l’intervenante prendra la temps de poser le cadre pour les vignettes proposées). Pour y assister, rien ne doit être préparé ou lu à l’avance (mais n’hésitez pas à amener une pièce d’archive à la deuxième séance).

Séance 1, mardi 3 mai, 10h-12h, « En quoi les humanités environnementales et/ou l’importation de celles-ci, peuvent-elles transformer nos recherches ? Réflexion sur le sensible, la perte et le temps épais ».

L’intervenante souhaite explorer avec les doctorant·e·s trois propositions inspirées des humanités environnementales (cf. Deborah Bird Rose, Thom van Dooren, Matthew Chrulew, Val Plumwood, Freya Mathews...) Premièrement, les modes d’appréhension et de connaissances techniques, savants et sensibles doivent tous les trois être considérés pour pouvoir rendre compte d’un terrain. Deuxièmement, les violences impliquées dans les destructions en cours sont généralement, non pas le fait d’intérêts bafoués, mais le fait d’arrachement et de dislocation : les échanges entre espèces sont interrompus, les sédimentations
du vivant brouillées, les motifs éthologiques et affectifs du paysage impactés. Troisièmement, les humanités environnementales affirment la pluralité des histoires et historicités engagées sur tout terrain étudié : les présents, passés, et futurs, sont continuellement rejoués par chaque groupe, communauté ou collectif qui est partie prenante de cet environnement. (Benedikte Zitouni lit depuis une dizaine d’années des écrits des humanités environnementales et a écrit quelques articles sur les temporalités multiples et le temps épais, notamment « Shuffling Times », 2016).

Séance 2, mercredi 4 mai, 10h-12h : « Quel est l’apport de l’archive pour la recherche ? Témoin ou alibi de la destruction en cours ? »

L’intervenante souhaite explorer avec les doctorant·e·s le caractère pour le moins ambivalent ou encore, selon une expression empruntée à des épistémologies féministes, la non-innocence de l’archive, en exposant la thèse originale proposée par Samir Boumédiene, entre autres, pour qui l’acte d’archiver est concomitant avec l’acte de détruire, l’un légitimant en partie l’autre. S’en suivra une travail de réflexion avec les doctorant·e·s sur des cas actuels d’archivage qui témoignent de cet aller-retour entre la destruction de mondes, d’une part, et la volonté de garder la trace de ces mêmes mondes, d’autre part. Les cas proposés par les doctorant·e·s seront abordés mais s’ils·elles n’en apportent pas, l’intervenante en aura plusieurs en réserve. Plus généralement, la séance a pour but d’introduire les participant·e·s à la richesse de l’archive qui, peut-être, tire sa force de sa non-innocence.
(Benedikte Zitouni a une longue expérience d’usage d’archives dans le champs des sciences sociales ; deux livres, Agglomérer (2010) et Terres des villes (2018, écrit à plusieurs), ainsi que des articles exposant les résultats de recherches menées en archives, en témoignent).

Séance 3, jeudi 5 mai, 10h-12h : « Quel est l’apport des savoirs situés en temps d’adversité ? L’autocritique ou la fabulation ? Le positionnement sur l’échiquier social et politique ou la fabrication de versions décalées des faits ? »

L’intervenante souhaite visiter avec les doctorant·e·s une ligne de tension qui se fait sentir dans les usages qui sont faits de la notion de savoirs situés aujourd’hui, entre d’une part, le savoir situé entendu comme affaire de positionnement et d’explicitation des conditions de possibilité de la prise de parole, et d’autre part, affaire de fabulation et de récupération de la capacité à susciter des versions du monde décalées, minoritaires et engageantes. En s’appuyant sur des passages des écrits de Vinciane Despret, Donna Haraway, Isabelle Stengers et d’autres auteur·e·s qui ont compté pour elle, l’intervenante animera une table de discussion où il ne s’agira pas de savoir qui a raison mais d’explorer ce que ces passages permettent de comprendre au sujet de la tension évoquée, et ce qu’ils suscitent comme idées et pistes concrètes, pratiques, pour la réalisation de la recherche doctorale. (Depuis son doctorat, Benedikte Zitouni s’intéresse aux savoirs situés, tente de les pratiquer et de mener une réflexion à leur sujet ; en témoigne sa contribution au livre Penser avec Donna Haraway dirigé par Elsa Dorlin et Eva Rodriguez, paru en 2012, et, plus récemment, sa contribution au numéro thématique « Androcène » réalisé par la revue Nouvelles Questions Féministes.)

 

Lieu : Campus Cité Scientifique Bâtiment SH1 salle 32.

Votre participation à l'ensemble des séminaires sera valorisée en ECT.